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Carnet de voyage : acupuncture et médecine traditionnelle en Chine

lundi 26 avril 2010, par Dr Geneviève Sajus

Introduction

Au pays du Soleil Levant, aux sources de l’acupuncture, nous sommes venus nous imprégner de l’extraordinaire médecine chinoise associant plusieurs disciplines dont la phytothérapie, les massages….Cette médecine préventive et curative a traversé les millénaires pour nous servir encore aujourd’hui.

Au sein du Friendship hospital de médecine occidentale de Pékin les patients peuvent bénéficier d’un traitement d’acupuncture soit dans le département de médecine chinoise, soit dans la clinique de médecine traditionnelle chinoise.

Le matin lors du stage pratique nous découvrons l’évolution des méthodes d’acupuncture, la complexité des consultations et des traitements associés (plantes, saignées, massages….). L’après-midi à l’université avec les professeurs expérimentés, nos échanges sur nos pratiques sont riches et fructueux. Les thèmes abordés tels que la gynécologie (puberté, grossesse, ménopause), la rhumatologie (arthrose, polyarthrite, lumbago) sont très instructifs.

Nous découvrons les différences liées au climat, à la culture, au contexte de vie qui influent sur nos pratiques et sur l’état de nos patients respectifs. Nous constatons l’importance de la gymnastique, du taï shi qui permet de conserver toute la vie une extrême mobilité, une grande souplesse même chez les octogénaires.

Premier jour

Nous rencontrons les responsables de l’université de Pékin et du département de médecine chinoise, puis nous découvrons le service hospitalier d’acupuncture. Ce stage inaugure des échanges entre notre groupe et la faculté de Pékin, les traductions sont faites en grande partie par des chinoises non médecins. En Chine le temps ne compte pas. Alors en quinze jours de stage il ne faut pas trop espérer engranger des connaissances mais plutôt s’imprégner de la culture chinoise, de leurs atouts tels que leur patience et leir sens d’observation très instructif. Le dernier jour le responsable de l’université, en nous remettant le certificat de stage, nous signale : « Moi aussi je suis médecin : après 9 ans de stage auprès de mon maître, il m’a dit : « c’est bien tu as suffisamment appris avec moi, va et trouve-toi un autre maître » ... En Chine il faut plusieurs années d’études théoriques pour bénéficier de stages pratiques.

Visite du musée de l’université : une partie concerne l’histoire de la médecine chinoise, l’autre concerne les plantes médicinales, les substances minérales et différentes substances animales ayant des vertus médicales. En médecine traditionnelle chinoise l’acupuncture est toujours associée à d’autres modes de traitement : massages, manipulations , ventouses, plantes médicinales, substances animales (panses d’ours, cornes de différents animaux, serpents…), différents minéraux. Depuis toujours nos jours le peuple chinois est habitué à pratiquer une activité physique toute la vie, à consommer des aliments, des boissons (tisanes...) nécessaires pour conserver un bon équilibre de santé. Il y a plusieurs siècles un médecin grava dans la pierre (afin d’éviter les erreurs de transcription) les traitements utiles à la population. Chacun pouvait donc imprégner d’encre des feuilles de papier et les appliquer sur cette pierre pour obtenir (grâce au relief de la gravure sur pierre) les précieuses recettes médicales et les conserver.

Second jour

Découverte de la technique d’acupunctotomie : cette technique développée récemment consiste à libérer les muscles (par exemple au niveau cervical ou lombaire) par une aiguille coupante que l’acupuncteur manipule en descendant le long de la colonne vertébrale afin d’éliminer les substances fibreuses adhérentes qui gênent la mobilisation de la tête ou du bassin. Les patients assis sur une chaise posent leurs bras pliés sur une table afin d’y appuyer leur tête fléchie.

Cette technique est également utilisée pour libérer la gaine du canal carpien au niveau du poignet afin de récupérer la mobilité des doigts et d’éviter ainsi l’opération chirurgicale.

Souvent une anesthésie cutanée précède la séance d’acupunctotomie, parfois le traitement commence par un massage manuel des épaules ou du dos fait par un assistant ou par l’acupuncteur lui-même.

Aux frontières de la chirurgie et de l’acupuncture, cette technique est actuellement utilisée par des médecins spécialisés dans cette discipline (au moins dans l’hôpital où je suis allée).

Troisième jour

Une autre forme de puncture s’utilise fréquemment en complémentarité de l’acupuncture que nous connaissons : les pointes de feu. Soit avec un briquet, soit en enflammant une mèche qui trempe dans un flacon en verre contenant de l’alcool, on produit une flamme pour chauffer l’aiguille généralement assez longue. Le patient est immédiatement et rapidement piqué (à la vitesse d’un éclair) en profondeur. Parfois à deux ou trois points de proximité selon la pathologie et les symptômes. Cette méthode lorsqu’elle est indiquée renforce l’efficacité du traitement d’acupuncture.

Quatrième jour

L’accent est mis sur les techniques développées par certains maîtres d’acupuncture depuis quelques décennies. Comme nous le savons en auriculothérapie, le corps est représenté en entier dans l’oreille. Certains acupuncteurs emploient cette méthode et piquent les points de l’oreille correspondant aux organes à régulariser ou soigner. De même une nouvelle technique consiste à piquer les points d’une zone péri-ombilicale correspondant au schéma du corps représenté en entier. Elle permet de soigner les affections des différents organes atteints. Enfin d’autres maîtres d’acupuncture ont découvert des trajets linéaires de points du crâne correspondant à chaque partie du corps. Leur stimulation et puncture permet également de traiter l’ensemble du corps. A noter l’association fréquente de la pose de ventouse aux séances d’acupuncture (avec ou sans saignée). Certains médecins associent ces différentes techniques selon les pathologies.

La transmission de la médecine chinoise au cours des siècles se fit oralement, en gravant des pierres, des baguettes de bois dont nous avons eu la chance de voir des originaux grâce à des professeurs passionnés et collectionneurs.

Cinquième jour

L’acupuncture fait partie de la médecine chinoise. Les médecins sont unanimes pour associer plusieurs disciplines dans le traitement d’un patient. La pharmacopée est très riche, les thérapeutes rédigent fréquemment des ordonnances en s’aidant parfois d’un répertoire de remèdes équivalent de notre « Vidal ». La population est déjà formée par tradition à se soigner par des plantes et connaît les vertus médicinales des aliments (champignons, légumes, tisanes….). Le médecin complète cette médecine de base de la population par des substances spécifiques au cas du patient. Le soir les chinois vont ramasser dans les jardins publics les feuilles tombées des « ginkgo bilobas » pour se faire des tisanes à visée circulatoire. Tout au long de la journée les gens boivent un liquide au fond duquel macère un certain nombre de plantes, conseillées par les herboristes ou retransmis oralement par les anciens, pour répondre aux perturbations de leurs organismes.

Les massages sont presque systématiquement associés à la séance d’acupuncture. Nous avons observé plusieurs méthodes. Un massage avec une pierre provenant d’une seule carrière en Chine (en raison de ses propriétés particulières) est pratiqué fréquemment.

Sixième jour

Nous attachons une importance particulière au diagnostic en médecine chinoise traditionnelle. L’accent est mis sur les prises de pouls chinois pour aider au diagnostic des affections du patient. Cet élément de l’examen clinique est primordial en médecine traditionnelle. Trois pouls superficiels et trois pouls profonds à chaque poignet sont analysés lors des consultations : leur consistance, leur rythme, leur force… pour savoir quel organe, quelle pathologie sont à soigner.

Cette pratique demande de nombreuses années de travail ; le thérapeute s’assure de bien prendre le pouls du patient et non le pouls du bout de ses propres doigts. La pression exercée au poignet doit être suffisamment précise, ni trop forte, ni trop faible afin de percevoir toutes les caractéristiques des pouls chinois. Pour la prise des pouls chinois le poignet repose sur un coussinet en soie. Il y a quelques siècles le coussinet était en céramique.

Septième jour

Dans les salles d’examen, nous admirons le décor constitué de vases aquarium où des poissons évoluent entre les racines de plantes aquatiques. Dans les salles de consultation 5 à 6 tables d’examen séparées par des rideaux permettent de traiter plusieurs patients simultanément ; 1 à 2 chaises servent à l’interrogatoire du patient pour établir son dossier médical, à pratiquer éventuellement des massages, poser des ventouses sur personne assie, ou pratiquer une saignée sous unguéale. La puncture peut tonifier ou disperser les énergies en défaut ou en excès. Dans bon nombre de cas les aiguilles d’acupuncture peuvent être manipulées entre le pouce et l’index, chauffées par des lampes électriques ou stimulées par des électrodes, ce qui améliore l’effet thérapeutique. Par ailleurs le diagnostic préalable au traitement nécessite l’examen clinique de la langue, sa couleur, sa forme, son enduit, la présence ou non de fissure, sa cartographie. La langue reflète l’atteinte et les dysfonctionnements des organes internes tels que des troubles digestifs, circulatoires par exemple.

Huitième jour

Des traitements préventifs de 3 semaines environs sont institués pour les affections automnales et hivernales. Les patients achètent avec une prescription médicale des boites de patchs de plantes. Ces patchs sont apposés sur la peau par le thérapeute lors de consultations quotidiennes. L’entourage familial souvent bien informé et parfois formé en phytothérapie se chargera de les retirer : il n’est pas toujours aisé pour des personnes âgées d’ôter un dispositif placé sur l’omoplate ou dans le dos. Le patient garde le patch entre 8h et 12h selon la tolérance personnelle au remède. A cette époque de l’année la prévention concerne essentiellement les pneumonies, les bronchites, les poussées inflammatoires articulaires.

Neuvième jour

Des manipulations proches de celles de l’ostéopathie sont utilisées très fréquemment dans la pratique traditionnelle chinoise.

Dans certaines situations les patients sont eux-mêmes impliqués dans la séance : c’est le cas pour les paralysies faciales où le patient peut se marteler la joue avec le marteau (anciennement branche de prunier sauvage dont les épines étaient utilisées pour piquer la zone affectée).

Un traitement par saignées est parfois répété plusieurs jours de suite. Le patient et l’acupuncteur ou l’un de ses aides sont assis face à face et une puncture à l’aiguille sous un ou plusieurs ongles est réalisée. Il permet durant quelques minutes un petit écoulement de sang que le thérapeute entretient si besoin par un massage péri-unguéal. Le médecin éponge au fur et à mesure avec une pince munie d’une compresse. Cette technique a pour but de décongestionner quantité d’ organes en trop grande plénitude (par exemple en cas de troubles veineux ou circulatoires).

Dixième jour

Dans la clinique de médecine traditionnelle chinoise nous avons pu observer les moxas. Les moxas ne sont pas pratiquées dans l’hôpital occidental. Les aiguilles une fois piquées sont recouvertes de boites en bois avec à mi-hauteur, un plancher sur lequel on pose des bâtons d’armoise qui se consument. La boite est recouverte d’un couvercle plus ou moins entrouvert qui laisse échapper la fumée. Le patient fournit les bâtons d’armoise. Le patient est examiné puis bénéficie dans la majorité des cas de massage avec ou sans manipulations, puis on lui pose des ventouses si besoin pour finir par une séance d’acupuncture avec ou électrostimulation, avec ou non électrodes chauffantes ou plaques chauffantes, avec ou sans moxas. Outre les techniques utilisées au département de médecine chinoise de l’hôpital, les massages sont quasiment systématiques. Souvent le massage consiste en un martèlement de la zone douloureuse par le bord interne de la main du masseur ou par une pression circulaire des doigts du soignant sur la partie du corps à traiter .

Il existe une grande variété d’aiguilles de taille et de longueur différentes. Certaines aiguilles sont stérilisées et réutilisées. Il existe des réserves impressionnantes d’armoise au sein de la clinique de médecine traditionnelle.

A la fin de l’année les étudiants revêtent la tenue universitaire pour la cérémonies de remise des diplômes, puis vient le temps de rendre la chambre du campus et de déménager.

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